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Livre : La petite fille qui dansait dans sa tête

Regina Ubanatu

Auteure du livre « La petite fille qui dansait dans sa tête » Editions  de l’Archipel (2010) – Préface Bernard Kouchner

Regina UBANATU - La petite fille qui dansait dans sa tête

Regina, petite fille du Biafra, était alors dénommée Mary : «  On t’a attendue depuis plus de 10 ans et maintenant te voici parmi nous ! Nous ne croyions plus jamais te revoir » telles furent les premières paroles de ma famille, en août1978, après plus de dix années de séparation.

En 2007, au moment du 40ème anniversaire de la guerre civile du Biafra, j’ai été contactée par les Editions de l’Archipel pour finaliser un projet alors commencé en 2004 sur l’histoire de mes origines et du Biafra.

Est-ce encore utile de rappeler que les premiers pas de l’histoire humanitaire ont débuté au moment de la guerre civile du Biafra, en 1967. C’est aussi là que l’on a vu pour la 1ère fois sur nos petits écrans des enfants en extrême souffrance, mais aussi, l’émergence de  l’aide internationale.

J’ai d’abord souhaité écrire ce livre pour corriger l’histoire : celle d’une partie de ma propre vie qui m’a longtemps échappée, hors d’atteinte, hors de toute compréhension et de toute logique. A mon tour, j’ai voulu être actrice de mon histoire et pouvoir raconter mes souffrances, mes propres blessures de petite fille, mes ruptures avec  mon pays d’origine. J’espérais à travers mon histoire raconter mes combats qui, pour moi, étaient étroitement liés à ceux de tout être humain à travers le monde.

Ce récit est aussi l’histoire de l’engagement d’hommes et de femmes qui se sont dévoués aux côtés d’enfants oubliés, réfugiés.

Cette réalité qui fut la mienne et, au départ, bâtie de suppositions, parfois vraies, parfois erronées, relatées par des adultes ayant été habités de près ou de loin par cette tragédie, je me devais de l’écrire puis de la transmettre pour enfin me l’a réapproprié.

J’ai souhaité investiguer sur le pourquoi j’en étais là et ce que j’étais devenue : cette femme noire handicapée, qui avait vécu au Biafra il y a plus de 40 ans et qu’on appelait : « la petite fille du Biafra ».

Pour écrire mon histoire, j’ai enquêté sur les acteurs de mon passé : ces volontaires, missionnaires, ces bénévoles mais aussi ces pères spiritains irlandais et français qui, à cette époque, ont fait le choix de rester aux côtés de la population biafraise pour lui assurer quiétude et sécurité.

Ces gens étaient des gens comme vous, comme nous tous,  renforcés dans leur cause par des familles,  des associations, des parrainages venus apporter de l’aide à des enfants. Parmi  ces humanistes, il y avait ces  « French Doctors »  qui étaient eux-aussi touchés, choqués par les cris apeurés de ces bébés et de ces enfants.

En tant que femme d’origine nigériane, j’ai voulu écrire ce livre pour demeurer ce témoin, ce porte-voix de ces enfants, morts ou aujourd’hui devenus adultes, qui ont été, eux-aussi, démunis de leur passé. J’ai, à ma manière, exprimé le souhait de pouvoir les accompagner dans la reprise en main de leur propre histoire, de leurs racines. Et aussi et surtout, faire que tous ces efforts et engagements passés de ces volontaires, missionnaires, bénévoles, humanitaires, pères spiritains irlandais et français ne soient jamais oubliés.

Au-delà de mon histoire passée, aujourd’hui, en tant que femme en situation de handicap, j’ai une ambition : celle de démontrer qu’avoir un handicap physique ne doit en aucune manière nous empêcher de se dépasser dans la vie et ainsi,  de croquer  cette vie dans  ce qu’elle offre de plus authentique et de magnifique. Je veux croire que la féminité, la personnalité et la persévérance peuvent permettre aux personnes handicapées, d’aller au-delà de leur rêve et ainsi franchir des barrières insoupçonnées.

En 2010, les Editions de l’Archipel m’ont permis d’aboutir à la réalisation de ce rêve en publiant mon livre « La petite fille qui dansait dans sa tête » dont voici un court extrait du 1er chapitre :

« À Pinus-Ville

Au-dessus de mon lit, une simple phrase, imprimée sur un batik : « Nous mourrons sans une larme. » Ce sont les derniers mots de l’hymne du Biafra, cinq mots qui ne sont plus chantés depuis bien longtemps. Seuls peuvent s’en souvenir les rescapés de la tragédie, orphelins d’un pays qui a cessé d’exister. Cette phrase est ancrée en moi,

comme un hommage à ce peuple, mon peuple, qui voulait s’affranchir de la tutelle du Nigeria, mais pour qui, face à cent vingt mille hommes en armes, la bataille était perdue d’avance. Après trente-deux mois de guerre, mon pays était à l’agonie.

Je suis née ibo, quelque part là-bas, en Afrique, un peu avant le début de la guerre. Mes parents m’ont offert la vie, mais, pendant des années, je ne connaîtrai ni la date ni le lieu exacts de ma naissance. Je ne saurai rien de ma famille.

Sans identité, mon enfance a traversé hôpitaux, camps de réfugiés et institutions. En Afrique, puis en France. Je suis orpheline et paralysée. De mes premières années de vie, mes souvenirs ne sont que des suppositions. Petit à petit, au fil des rencontres, je reconstruis mon passé… Je veux vivre et me battre pour le retrouver, et comprendre. »

http://www.editionsarchipel.com/auteur/regina-ubanatu/

A propos de l’auteure

Diplômée d’un Executive Master, Ressources Humaines de Sciences-po Paris, Regina vit et travaille  en région parisienne.

Membre du GLIP depuis 2012, Regina est fondatrice à la fois du Fonds de Dotation Never Forget Biafra (www.neverforgetbiafra.org) et de l’association française  RIFH : Réponses Initiatives Femmes Handicapés (*)  qui œuvre pour la reconnaissance et les droits des femmes handicapées.

(*) RIFH est association Loi 1901 créée en en Février 1996 (site internet : www.rifh.org