• Groupe de Liaison et d'Information Post Polio

Poliomyélite

Des atteintes différentes

Comment s’expliquent ces caractères particuliers des paralysies de la polio ? Pourquoi des muscles apparemment paralysés, au début, de la même façon, auront un devenir si différent ?

Pour comprendre revenons à l’origine, à l’attaque initiale.

  • Les centres moteurs du système nerveux
  • Les lésions microscopiques de la polio
  • Explication des symptômes observés en clinique
  • Indication au sujet du pronostic et du traitement initial

Les centres moteurs du système nerveux

L’intégrité des fonctions motrices est gardée par une série de centres : les uns, situés dans l’écorce du cerveau, régissent la motricité volontaire ; les autres situés dans la protubérance, le bulbe et surtout la moelle épinière, conditionnent la motilité* réflexe.

Si un centre moteur cortical est détruit, par exemple par une hémorragie, les mouvements volontaires sont devenus impossibles dans le muscle correspondant, mais ce muscle continue à pouvoir se contracter en réflexe, à une excitation douloureuse par exemple.
C’est le tableau de la paralysie appelée du type central.

Si un centre moteur de la moelle épinière est supprimé, à cause d’un virus, celui de la polio par exemple, toute motricité est supprimée. Le membre ne répond plus, ni à un ordre conscient ni à une influence réflexe. Ne recevant plus d’influx tonique, les muscles deviennent flasques. Si toutes les cellules motrices médullaires correspondant à un muscle sont mortes, toute activité motrice correspondante est définitivement perdue et la masse musculaire s’atrophie jusqu’à disparaître complètement ; si certaines de ces cellules seulement ont été supprimées par la maladie, seules certaines fibres sont appelées à disparaître et quand l’évolution est terminée, le malade garde un muscle réduit dans son volume, qui a perdu beaucoup de sa force, mais qui conserve encore une certaine capacité motrice.

C’est le tableau de la paralysie du type périphérique.

* motilité: aptitude à effectuer des mouvements spontanés ou réactionnels

Les lésions microscopiques de la polio

En période aiguë d’évolution de la polio, on constate que les lésions sont essentiellement localisées au niveau des centres moteurs qui occupent les renflements cervicaux et lombaires de la moelle. Les zones motrices sont infiltrées de façon diffuse de cellules inflammatoires; on y voit de l’œdème et des hémorragies. Les cellules motrices qui baignent dans ces zones inflammées présentent des signes plus ou moins marqués de maladie certaines, peu atteintes, n’offrent que des modifications minimes dans leur aspect habituel, d’autres sont visiblement très altérées, d’autres encore sont en dégénérescence complète et en voie de disparition. Plusieurs mois après la phase aiguë, on ne voit plus d’altérations inflammatoires, mais des formations cicatricielles en outre, on constate qu’un plus ou moins grand nombre de cellules motrices ont disparu.

Explication des symptômes observés en clinique

En phase aiguë

La symptomatologie nerveuse principale de la polio est une paralysie de type périphérique. Suivant le nombre de centres moteurs en souffrance, l’étendue des paralysies est très variable et très diverse d’un cas à l’autre. A toute cellule motrice atteinte correspond, au même moment, une suppression brusque des fonctions correspondantes.

Au cours des semaines suivantes

Si les cellules nerveuses sont seulement malades (temporairement assommées ou œdèmiées), elles peuvent retrouver leur vitalité primitive et les fibres musculaires qui dépendent d’elles vont reprendre progressivement activité et force au fur et à mesure que les cellules nerveuses récupéreront leur constitution normale. Si par contre la cellule motrice est très atteinte, elle disparaîtra et les fibres musculaires correspondantes ne pourront jamais récupérer leur fonction; elles-mêmes vont à leur tour s’atrophier et disparaître.

Tel malade, en période aiguë, a présenté des paralysies très étendues, mais, nulle part dans la moelle les lésions cellulaires n’étaient profondes. Ce malade, par la suite, récupère toutes les fonctions perdues.

Tel autre n’avait qu’un paralysie très localisée, mais dans cette seule région atteinte, le virus a laissé profondément sa trace et les cellules nerveuses ont disparu; le muscle atteint ne guérira jamais.

Chez un troisième, les lésions étendues à de nombreuses régions de la moelle n’ont été profondes qu’en quelques points: beaucoup des impotences de la période aiguë disparaissent complètement mais, ici où là, des muscles restent paralysés et vont s’atrophiant de mois en mois.

Indication au sujet du pronostic et du traitement initial

Il est évidemment impossible de prévoir lors de la phase aiguë, dans l’ensemble des muscles paralysés, quels sont ceux qui correspondent à des centres en simple souffrance et ceux qui relèvent de centres dont les cellules sont si atteintes qu’elles sont destinées à disparaître. Il est donc impossible de prévoir à ce moment là, quelles masses musculaires vont revivre et quelles masses vont s’atrophier au cours des mois suivants.

Dans le doute, pendant les premiers mois, tous les groupes musculaires atteints seront sollicité; ces muscles, privés du contact nerveux, qui, à l’état normal, entretient leur vitalité, sont eux-mêmes en souffrance et il convient de tout faire pour les garder dans le meilleur état possible en prévision du retour des fonctions nerveuses; il ne faut pas que là où la cellule nerveuse reprendra un jour contact avec sa zone musculaire que l’influx nerveux ne trouve à animer que des muscles abîmés parce qu’abandonnés.