• Groupe de Liaison et d'Information Post Polio

Poliomyélite

Incubation et signes cliniques

Quelle est la période d’incubation de la polio et quels sont les premiers signes cliniques ? Source Anita Molines GLIP

Le temps d’incubation peut aller de 9 à 12 jours jusqu’à l’apparition des premiers signes.

Il se passe 11 à 17 jours jusqu’au début des paralysies. Les complications sont l’envahissement du système nerveux, les paralysies durables, avec atrophies musculaires et contractures et une létalité (mortalité) d’environ 2 %. Ces données sont variables.

Les trois phases du début

Au début de la polio, on note trois phases distinctes décrites et même subdivisées de façon différente selon les auteurs.

Dans ces trois phases il peut y avoir des nausées et parfois des vomissements, à divers degrés.

Phase d’incubation : Invisible et silencieuse

Elle peut durer 40 jours mais est souvent moins longue (moins de 15 jours). Au cours de cette phase, le poliovirus entre dans notre corps (par une des façons décrites dans la réponse donnée à la question 4, plus bas).

Il chemine jusqu’à l’intestin où il se multiplie avec le concours obligé de la cellule. Il peut ensuite disparaître complètement dans les selles, sans avoir causé le moindre mal ni le moindre malaise et son passage sera resté inaperçu. Dans 90 % des cas, on en reste là. Le transit et la multiplication du poliovirus ont le plus souvent immunisé l’hôte, parfois pour quelque temps seulement.

Phase d’invasion : multiplication certaine du poliovirus dans l’intestin

Variable de quelques heures à deux semaines, elle se produit chez 10 % des sujets envahis et est plus décelable parce qu’elle peut se traduire par des troubles digestifs, intestinaux ou respiratoires (ou tous à la fois), accompagnés d’une hausse de température. Là encore, cela va bien se terminer dans 8 à 9 % des cas, passer presque inaperçu ou être confondu avec une indigestion ou une affection banale, sauf qu’il est possible, à ce stade, de diagnostiquer le poliovirus par une analyse de selles ou de LCR (liquide céphalo-rachidien). 1 à 2 % des cas infestés seront atteints de paralysie (légère à très grave).

S’il doit y avoir paralysie, elle débutera pendant la phase d’invasion (qui sera alors plus courte) et se poursuivra au début de la phase aiguë.

Si paralysie il y a, c’est parce que, pendant la phase d’invasion, les poliovirus ont atteint par voie sanguine les cornes antérieures de la moelle épinière où ils se multiplient encore dans les cellules nerveuses. Cela provoque l’inflammation des cellules des cornes antérieures de la substance grise.

Ainsi se réalisent les lésions et les destructions dont résultent les paralysies musculaires. Tant que les poliovirus sont dans l’intestin, ils ne sont pas paralysants et le deviennent uniquement s’ils parviennent jusqu’aux cornes antérieures de la moelle épinière et y occasionnent des lésions (il faut penser poliovirus au pluriel, car, depuis la multiplication dans la pharynx, ils cheminent nombreux vers la moelle épinière). Pour arriver à paralyser, les poliovirus ont besoin du concours de l’organisme. Soit celui-ci est prêt à se défendre et s’en tirera à bon compte, soit il manque de défense (manque d’immunité, fatigue) et restera blessé.

Ce ne sont pas nécessairement les sujets en apparence sains et athlétiques qui sont le plus à l’abri, car les poliovirus agissent au niveau des cellules nerveuses (ce qui ne correspond pas forcément au physique éventuellement athlétique de la personne).

Phase aiguë ou paralytique

Si les virus ont causé des dommages, des paralysies s’installent dont l’évolution dure 2 à 3 jours, rarement plus. Elles surviennent en général plus rapidement si elles sont aiguës et plus lentement si elles sont légères. Les paralysies sont anarchiques et asymétriques, elles sont donc très inégales dans les diverses parties du corps et aussi inégales d’un côté du corps par rapport à l’autre.

Le sujet a de la fièvre, se sent plus ou moins « raide » et hébété, mais est très conscient de tout ce qui se passe autour de lui, pour autant qu’il ne soit pas déjà asphyxié par une atteinte du système respiratoire.

Dans ses selles, comme dans son LCR (liquide céphalo-rachidien), on trouvera à coup sûr des poliovirus en quantité. En cas de doute, il faut faire ces examens le plus rapidement possible et en tout cas avant le 15ème jour à dater de la paralysie, afin de déterminer avec certitude si la paralysie est due à la polio ou à un autre cause.

Souvent, au quinzième jour il est déjà trop tard pour trouver encore des poliovirus dans les selles ; c’est pourquoi il est important de faire ces analyses dès l’apparition de la moindre paralysie et même plus tôt en cas de doute ou en période d’épidémie Quand il n’y a plus de virus, le patient n’est plus contagieux.

Comme en temps d’épidémie, les porteurs sains excrètent aussi du poliovirus, en cas d’atteinte, l’examen des selles à lui seul ne prouve pas que la paralysie est due à la polio ; il faut analyser par ponction lombaire le LCR pour le confirmer. Beaucoup de polios se souviennent encore avec terreur de cette ponction lombaire.

Certains auteurs divisent les phases un peu différemment; Ainsi Leroy, de Rennes, en 1954, les nomme :

  • la phase intestinale
  • la phase virémique ou méningée ou pré-paralytique ou prodomique : phase où le virus neurotrope va se fixer sur un point quelconque du système nerveux
  • la phase paralytique

D’autres encore divisent les signes du début en cinq formes ou types:

1 – Type abortif : sans participation du système nerveux central ; le diagnostic est fait pour la mise en évidence du virus et le test de neutralisation (d’autres encore disent de la forme abortive qu’elle est bénigne, mais présente cependant des nausées, des céphalées, de la température et une légère angine).

2 – Forme non paralytique : localisation sur le système nerveux central avec prédominance cellulaire sans destruction (d’autres appellent cela la forme méningée, avec fièvre importante, fortes céphalées, constipations, des parasthésies ou hyperestésies ; la guérison est rapide et complète).

3 – Forme sous-corticale à forme spinale et bulbaire

4 – Forme cérébrale ou encéphalique

5 – Forme ataxique (trouble de coordination des mouvements).

À lire également :