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Psychologie

Expérience de la polio : Un bagage commun

Universellement connue et redoutée depuis l’Egypte ancienne, la poliomyélite, appelée aussi « paralysie infantile« , est apparue périodiquement sous forme épidémique jusqu’aux années 50 (généralisation du vaccin), causant des infirmités fonctionnelles plus ou moins sévères chez de jeunes enfants.

Brutalement séparés de leur famille, les sujets atteints passaient quelques semaines, quelques mois, voire quelques années, en centres de rééducation, loin de chez eux, dans une dépendance totale au personnel hospitalier. Pour leur survie propre, les « patients » n’avaient d’autre choix que celui de suivre les instructions du corps médical :
« Sois sage et fais ce qu’on te dit. C’est pour ton bien ».

Ils ont expérimenté un terrible sentiment d’abandon, un état de dépendance totale et une rééducation contraignante et douloureuse, sans explication et sans leur consentement, donc sans aucun moyen pour eux de maîtriser leur propre destin. Pour survivre malgré tout, ils ont dû se plier aux exigences d’autrui et acquiescer sans restriction aux autorités en réprimant l’expression de leurs besoins personnels. Ils ont appris à vivre en se soumettant aux représentants de l’autorité, reniant leurs souffrances physiques, émotionnelles et leur identité.

De retour chez eux, ils avaient appris que la soumission et la suppression d’émotion étaient nécessaires s’ils voulaient échapper au danger mortel (réel ou/et symbolique).

Ils étaient imprégnés de l’idéologie sans réserve que véhiculait alors la thérapie physique et qui a généralement été poursuivie durant une dizaine d’années après l’atteinte initiale.

Après celles des médecins et des thérapeutes, les polios ont cherché à satisfaire les attentes sociales de leur entourage, quelle que soit la manière dont elles étaient relayées par leur environnement familial, scolaire, etc.

En quoi consistent ces attentes sociales ?

Très schématiquement :   » Être beau et bien portant, intelligent, productif et compétitif « .

En cherchant à se couler dans le moule de la Normalité, les anciens polios ont donc appris qu’ils devaient masquer leur corps abîmé, maximiser leurs aptitudes physiques résiduelles pour faire oublier sa détérioration et optimiser leur potentiel intellectuel s’ils voulaient être acceptés dans une société pleine de barrières à surmonter à tout prix, tout en sachant qu’ils ne seraient jamais tout à fait « acceptables ».

Ils sont parvenus, pour la plupart, à minimiser l’apparence de leur infirmité et à se fondre dans la société, mais à quel prix?

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